LE RÔTI ET LE PIGEON

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Un rôti ficelé comme un bourgeois déambulait sans en avoir l’air dans les rues d’une paisible bourgade. Pas un arbre à l’horizon, on se serait cru en Provence. L’air sombre du soir dégringolait comme une soupière sur les paupières du voisinage. L’atmosphère était paisible si ce n’était les hurlements saccadés d’un marteau piqueur isolé qui mendiait sa pitance. Et les gens faisaient une haie d’honneur au rôti pour célébrer sa présence. Certains même se traînaient au sol en espérant que sa traîne de viande lèche leur corps pour le purifier d’avoir mangé trop de cinq fruits et légumes par jour – les plus pauvres bien entendu. Mais la trajectoire du paquet de chair ficelé évitait scrupuleusement les dépouilles vivantes. La vie brrr! Quel effroi! A quoi cela peut-il bien servir à qui est au-dessus de tout cela? Les rampeurs espérants avaient l’air abattu.

Un pigeon survint à Agen qui cherchait la devanture d’un magasin, mais en vain. Il se dit qu’il n’avait rien à faire en Provence et donc s’y dirigea sans tarder de toute la force de ses plumettes volontaires. Elles trépidaient dans le vent et faisaient avancer le volatile à une vitesse tellement intense qu’il se posa aussitôt dans les rues d’une paisible bourgade. Celle dont il était question dans la première phrase de ce texte qui est en train de s’écrire. Quelle aubaine pour la personne écrivant qui, se frottant les mains, se dit tout de go : « Chouette! On dirait bien qu’il pourrait se passer quelque chose par ici ». La personne se cacha aussitôt derrière une palette de fruits pour observer attentivement la scène, munie d’un crayon et d’un bloc-notes, prête à écrire la suite de l’histoire. Prête également à ne pas trop se fouler et à juste retranscrire ce qu’elle pourrait voir, sentir, entendre… La personne ne s’était pas rendue compte que la palette à végétaux présentait une intense contradiction en son sein puisque chair et fruits ne font pas bon ménage.  Sauf bien entendu avec l’aide de la fleur de sel, qui était par malheur en rupture de stock ce jour-ci – les fleuristes de sel étaient en grève, amers de n’avoir pas su négocier une élévation du niveau des salaires. L’assemblage boisé carno-fruitier explosa aussi sec dans l’air du soir, emportant avec lui dans la mort la personne qui écrit ce texte.

L’histoire se termine ainsi, faute de mains pour la continuer voire la terminer… on ne sait jamais avec les personnes qui écrivent, dès qu’elles ouvrent leurs mains, cela peut durer, cela peut ne jamais s’arrêter.
Tout juste pouvons nous retranscrire ce que quelques témoins en on dit. Ainsi, le pigeon et la chouette firent face au rôti, lui tenant à peu près un langage que le paquet de chair prit mal. Surestimant sa force, ce dernier sauta mollement sur la patte du pigeon alors que la chouette disparut, elle n’était qu’issue de l’imagination de la personne qui écrit cette histoire et qui est morte, rappelons le. Le pigeon défit le ficelage – on se serait cru à Noël – et toute la population dévora le rôti dans un silence atroce à moudre du grain. L’oiseau prit la population sous son aile, s’éleva, puis il saupoudra la Terre des germes humains. Une vieille ficelle pour faire son intéressant. Quelques années plus tard, le pigeon mourut d’une cirrhose une fois, et il ne mourut plus jamais par la suite.

Lorsque l’on se dandine dans l’admiration, il ne faut pas s’étonner de se faire bouffer tout cru. Et si une chose n’arrive jamais seule qu’une fois dans une vie, quoi de moins évident que de ne pas refuser l’inéluctable prééminence d’un peuple sous le fardeau des préséances. Encore faut-il lui dévoiler la réalité des choses, que cela fusse un rôti, ou même, en Provence. Et pour cela quoi de mieux qu’une personne vivante qui écrit? Telle est la morale de ce fabliau médiéval.

Aurélien Moreau

 

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DANS UNE PELOUSE

cropped-dscn1194.jpgDans une pelouse en mousse inspirée par le froid

Se bécotaient des mousses en partance pour le bois.

Leur bateau en cale sèche leur laissait du temps libre;

Ils sautèrent dans la brèche, ils en avaient la fibre.

Des troncs de réverbères ponctuaient la noirceur

De ce débarcadère s’enfonçant dans la peur :

Poutrelles métalliques sur des vagues immobiles,

Voiles disséminées sur l’océan pané

De branches et de piques protégeant son nombril

Et des proues énervées déchirant les genêts.

Nos braves moussaillons malgré leur expérience

Etaient désorientés par la stabilité

L’immuabilité n’est pas leur tasse de thé

Et boire le bouillon devint leur espérance.

Déshydratés, perturbés

Et bientôt contaminés

Par un violent mal de terre

Sur l’humus ils se coulèrent.

Ils firent la bassine pour préserver leur vie

Attendant du secours qui ne surgissait pas

Il fallait voir leur mine pour savoir leur avis

Sur le sens et le cours, le pourquoi de ces bois.

Et progressivement l’angoisse s’envola.

Affronter par moments la cause de nos effrois

Est le meilleur remède et la meilleure issue

Des mécanismes raides qui hantent nos vécus.

Car l’existence est vague

Et puis elle aime en terre.

 

Aurélien Moreau

LE RECITAL DU PLATANE

cropped-dscn1194.jpgChaque matin, sur le chemin qui me mène au jardin botanique, je croise un platane.
Enfin, trois platanes enchevêtrés.

Ils donnent face au lac.
Installés à même le quai, leurs racines sous le goudron du chemin piétonnier qui longe la rive. Elles doivent chatouiller les enrochements qui dressent une barrière imaginaire entre eux et le lac.

Imaginaire, car je sais bien qu’entre eux il n’y a pas de limite franche
Ils communiquent.
Le platane (car il y en a trois mais en vérité c’en est un seul), étire ses longues branches capillaires vers la surface.
Et derrière, vers le lac, la montagne des Voirons, l’Est.

C’est un platane un peu laisser-aller.
Son immense chevelure pend négligemment au-dessus de l’eau.
Et pendant qu’il s’adonne, comme chaque matin, à sa rêverie contemplative,
Que respirent, chacune de ses ramifications,
En même temps, il chante.
Ce chant !
Je vous le dis, tous les matins, et les soirs, même, il chante.
C’est à s’en décrocher le cou.
Ils doivent être quatre, aller, cinq, ses oiseaux.
Leur chant est clair et exotique.
Je ne saurais, d’ailleurs, en déterminer l’espèce.

Ce dont je suis sûre, c’est que ce soprano, un de ces quatre matins, il ne sera plus là.
Il est trop fantasque.
Comme ses oiseaux,
Perché(s)

Un jour, il va s’envoler.

Mila Soda

 

PELURE D’ORANGE

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Dans la grande corbeille à fruits

Trônant sur la table du salon

Et rappelant à n’importe qui

Que la simplicité du passé

A quand même du bon

Une orange

Perdue au milieu de ses congénères

Au milieu de ses frères

Agrumes

Une orange

Parmi tant d’autres

Et je ne peux m’empêcher

De penser à toi

Je te déshabille

Mais tes vêtements

Piquent mes yeux

Amertume

Et font couler d’eux

La substance lacrymale

Me rappelant

Que tu n’es pas là.

 

Aurélien Moreau (Pontarlier, 26 août 1997)

ADOLESCENTE

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Insuportáveis ou indiferentes. Já nem os defino. Já não os sei diferenciar. O corpo foi-se habituando a esse massacre de gritos, que me oferecem todos os dias, todos os minutos e segundos. Parece que para os alimentar, eu preciso apenas de respirar, de existir… Ainda era o vosso filho. Ainda era o vosso pequeno, que cresceu sem vocês me terem preparado para isso, sem sequer, algum de vós ter dado por isso. Deixaram-me cair e levantar sem por uma vez me lamberem as feridas. E eu era vosso, assim como sentia que vocês eram meus. Mas cresci e vi que cada um de nós optou por fazer caminhos diferentes. Sem contactos, sem comunicações. Eu adolescente. A querer-vos como guias, a querer-vos como aliados da viagem, desta travessia dolorosa da adolescência. Tantos porquês! Tantas transformações… Sou o quê? Criança? Adulto? Onde estavam nessa altura, pai, mãe? Estavam nos gritos que me dilaceravam os tímpanos e desfiguravam a mente. No cinto que me estalava nas costas. No jantar, que tantas vezes era um amargo nada. Lágrimas? Lágrimas tantas. Noites de insónias, onde eu combatia vocês e o mundo. Conflito infinito neste corpo em constante mudança. Perceberam alguma vez isso? Viram-me frágil, viram-me céptico. Zero vezes correram em meu auxílio. Outras zero vezes me abraçaram. Um beijo ou um qualquer carinho fugidio, mesmo que forçado, talvez tivesse alterado o destino. Talvez tivesse promovido o amor entre nós todos. Desleixamo-nos. Eu e vós… Pai, mãe! Os vossos defeitos vão comigo. Os meus também estão cá todos, a lembrarem-me que não existem perfeições. Mas que existem dentro e fora dos sonhos, cumplicidades ternas de um amor que deveria ter sido incondicional. É assim que funciona em todo o lado. Cria e progenitores. Laço único. Agora fecho-me em mim. Preso em mim. A sentir-me como vosso inimigo. Tantas vezes castigado pelo silêncio, outras tantas pelos vossos insultos, que eu apontava numa lista e guardava no coração. Acabo por ser esse ser estranho que o teu e o teu olhar denunciam. Sou também o arrependimento que o vosso coração sente. Não nos merecemos. Adeus. O pai foi o último a chegar a casa. Veio o mais depressa que pode, quando a mulher lhe ligou, sem conseguir explicar o que fosse. Percebeu a tragédia pelo pranto ininterrupto. Junto ao corpo, em soluços, a mãe ainda com a carta, nas duas mãos, olhava o corpo como se o quisesse ressuscitar com o olhar. O pai atordoado, sem saber o que fazer. Lágrimas e mais lágrimas, foi o que de espontâneo saiu. Verificou o corpo, que já estava gelado. Que já tinha partido com o respirar último. Ajoelhou-se então e leu a carta, as lágrimas dobraram e impediam-no de ler com discernimento. No fim, abraçou a mulher, a mãe do agora cadáver. Ela retribuiu de imediato o abraço. Os pensamentos de ambos em uníssono, reflectiam remorsos e culpas. Falhas parentais. Falhas de amor. Acabou-se-lhes este ciclo. Iniciara-se agora o do luto eterno.

André Marinho ( Outubro de 2016 )

TON RETOUR DU SILENCE

cropped-dscn1194.jpgAprès une vie de silence, tu reviens.

De retour à la ville, les milliers de bruits et de couleurs, les corps qui passent, défilant comme des automates d’un jour qui décline, refont surface dans ta vie.

Toutes les habitudes reviennent : les hommes et leurs chaussures astiquées, les femmes, les sacs de courses – même les tiennes.

L’asphyxie, l’enfer aseptisé, sont à un croche-patte de toi. Encore un faux pas et tu trébucheras….Alors accroche-toi à tes poches, ces lanternes de manteaux d’hiver. D’ailleurs tes phalanges ont si froid…

La rue n’est pas à toi.

Et tu passes, comme tout le reste.

La rue n’attend pas ta prière d’automne.

Avance et scelle tes lèvres, qui sait : ton souffle contient peut-être un mot.Tu sens cette fin du monde qui t’entoure ? Tu la sens cette pulsation qui t’entoure, ce mouvement cardiaque invisible, péremptoire ? La rue est une artère bitumineuse sur laquelle tu vois une braise tomber d’un chariot de supermarché, mais tes mains, comme du sable, s’égrainent ; et tu ne peux pas le ramasser ce charbon ardent. Il est là devant toi. Ton vélo te soutient.

Le consommateur s’en va laissant au sol un charbon allumé, petite fumée. Tu ne sais pas pourquoi mais l’incandescence de cette braise t’hypnotise, te parle, t’apaise ; c’est une lumière qui te fait face….  Tu tombes à genoux, personne ne te voit.

Nous sommes tous semblables dans la masse. Toi tu es au sol, symboliquement amputée. Ta taille est presque insignifiante à présent. Tu protèges ce pauvre petit charbon des jambes qui s’agitent dans la rue, près de vous, trop près de vous, et l’unique pensée qui s’empare de toi à ce moment précis est de chanter. Tu veux chanter un air de Chet Baker, ressentir comme lui, être à la limite de la rupture et transmettre de la douceur, sans trompette.

 

Le silence, un son, le vide dans un verre d’eau pétillante

 

Ces mots jouent en toi comme des marionnettes espiègles, ils arrivent et repartent et tu n’y peux rien, rien, rien…

Alors, une ombre survole ton ciel de fin du monde : c’est l’oiseau-cheval, pastel et poudré sorti à l’instant d’une pensée de Virgílio Mordoré.

Après une vie de silence, tu es revenue.

Dans un lac enfumé je t’attendais dévêtu.

 

(quelque part, septembre 2017)

ADIEU MES FRÈRES

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Nous étions là, mes frères,

Nous regardant dans

Le coin blanc de l’œil

Qui ornait nos fronts tourmentés

Tournés vers les années

Que nous ne pourrions plus revivre.

Nous étions là,

Heureux d’être ensemble,

Et pourtant toutes les blagues

Que nous racontions

Me montaient au nez

Et piquaient mon regard,

Eventaient les ailes de mon nez

A qui l’un prédisait

Un avenir d’oiseau migrateur,

Voyageant d’une époque ou d’un lieu

A l’autre.

Alors adieu mes frères,

Mes huit bons amis,

Me voilà parti

Parti vers les ports

De notre jeunesse.

Je vous ramènerai

Des nouvelles toutes fraîches

Du révolu

De l’inaccessible.

Seul j’irai

Portant sur mes épaules

Le poids de ma responsabilité

La mesure de votre amitié

Et mon nez ailé,

Zélé à l’idée

De voyager,

Unique,

Dans vos esprits liés,

Moi,

Votre imaginaire.

 

Aurélien

(Pontarlier, 28 août 1997)